Théorie funèbre

By Armand Silvestre

Written 1870-01-01 - 1870-01-01

J'ai pensé quelquefois que tous les trépassés

Dont la tombe est déserte et sous l'oubli se creuse,

Venaient pleurer en moi d'être ainsi délaissés :

Tant mon cœur s'emplissait d'une détresse affreuse !

Tant le souci me prend de vos maux insensés,

O spectres descendus dans l'ombre aventureuse,

Quand la procession de mes bonheurs passés

Serpente sur mon front, dolente et ténébreuse !

Esprits sans corps, parfums sans fleurs, souffles errants,

Voix sans lèvres, aux mots subtils et pénétrants,

O souvenirs ! Un chœur fraternel vous convie :

Car un peuple de morts habite mon cerveau,

Et je ne puis chasser du profond de ma vie

Une mélancolie immense du tombeau !