Thrène

By Gabriel Trarieux

Written 1891-01-01 - 1891-01-01

Puisque la douce Vierge rose

A, pour toujours, paupière close,

Qu'en paix, suave, elle repose !

Baissez les stores, baissez-les

Pour que du jour ne soient troublés

Les rêves de ses yeux voilés.

Pareille à l'antique peinture

Fixée à la sombre tenture,

Dorme la pâle Créature

Sous les grands rideaux aux plis lourds ;

Ne marchez qu'à pas lents et sourds

Sur les tapis au frais velours.

Pour la garder, l'enfant aimée,

Impérissable et pur Camée,

Qu'elle soit bien vite embaumée.

Qu'on sauve de l'affreux Léthé

Pour des siècles de chasteté

Son inaltérable Beauté.

Puis, sur un doux lit qu'on la mette

D'hyacinthe et de violette,

Et, dans la riche cassolette

Veilleuse exquise des défunts,

Brûlez, vagues dans les airs bruns,

De rares et dolents parfums…

Ainsi dorme la Vierge Sainte

Où, paisible, elle s'est éteinte,

Sans exhaler un cri de plainte.

Et puisse sa chère Âme encor

Se plaire à hanter le décor

Où sa chair adorable dort !…