To the sunset goddess

By Renée Vivien

Written 1903-01-01 - 1903-01-01

Tes cheveux sont pareils aux feuillages d’automne,

Déesse du Couchant, des Ruines, du Soir !

Le sang du crépuscule est ta rouge couronne,

Tu choisis les marais stagnants pour ton miroir.

L’odeur des lys fanés et des branches pourries

S’exhale de ta robe aux plis lassés : tes yeux

Suivent avec langueur les pâles rêveries :

Dans ta voix pleure encor le sanglot des adieux.

Tu ressembles à tout ce qui penche et décline.

Passive, et comprimant la douleur sans appel

Dont ton corps a gardé l’attitude divine,

Tu parais te mouvoir dans un souffle irréel.

Ah ! l’ardeur brisée, ah ! la savante agonie

De ton être expirant dans l’amour, ah ! l’effort

De tes râles ! — Au fond de l’angoisse infinie,

Je savoure le goût et l’odeur de la Mort.