Ton Sourire

By Théodore Banville

Written 1878-01-01 - 1878-01-01

O mère, ton sourire enthousiaste et fier

Brille de clairs rayons, comme un soleil d'hiver.

En vain l'âge est venu ; le temps qui nous assiège

A touché ton front pur, et ne l'a pas blessé,

Mais triste de blanchir tes cheveux, a laissé

Délicieusement fleurir leur douce neige !

Oh ! dis-moi, le sais-tu, pourquoi tes soixante ans

Ont la grâce charmante et vive d'un printemps ?

Chaque heure sans repos nous pousse de son aile,

Chaque instant nous trahit ; mais les nobles amours

Sont pour notre visage un dictame, et toujours

Y mettent doucement la jeunesse éternelle.

La brise qui charma les fleurs, le seul zéphyr

Froisse la blonde mer de flamme et de saphir

Dont le chant retentit près des belles Florides ;

Mère, tes yeux aussi réfléchissent l'azur,

C'est pourquoi tu seras pareille à ce flot pur

Qui reflète le ciel et qui n'a pas de rides !