Toute la Lyre

By Théodore Banville

Written 1888-01-01 - 1888-01-01

Un grand souffle court dans les bois

Et sur les cimes éternelles ;

J'entends parler toutes les voix

Et frissonner toutes les ailes.

Le Rhythme chante, inassouvi,

Le brouillard déchire ses gazes,

Et nous suivons d'un œil ravi,

Le vol effrayant des Pégases.

Dans l'éther vaste et radieux,

Loin des cloaques et des fanges

Éclatent le rire des Dieux

Et le chant triomphal des Anges.

Sombre et délicieux tourment,

Orgueil, amour, espoir, délire,

Écoutez, c'est l'enchantement

De la prodigieuse Lyre !

A travers les cieux arrogants

Elle chasse un troupeau d'Aurores

Et les cheveux des Ouragans

Sont pris dans ses cordes sonores.

L'Océan fait gronder ses flots

Et là gémit et se démène

Avec des cris et des sanglots,

Et pleure la Misère humaine.

Qui vous agite sur nos fronts,

Épopée où le sang ruisselle,

Douce idylle, chant des clairons,

O symphonie universelle,

Et vous, colères de l'autan,

Caresses de l'aube vermeille,

Et toi, Nuit ! — C'est le grand Titan,

HUGO, qui parle et se réveille.