Toute mon Âme

By Théodore Banville

Written 1878-01-01 - 1878-01-01

Depuis le jour où je suis né,

Songeur que Dieu voulut élire

Pour unir son chant obstiné

A la mystérieuse Lyre,

Tu m'as aimé, tu m'as guéri,

Tu m'as donné, dans tes alarmes,

Avec ton lait qui m'a nourri,

Tant de chers baisers, tant de larmes !

Par toi j'ai pu vivre et penser,

Tu fus ma nourrice et mon Ange,

Et moi, pour te récompenser,

Qu'ai-je à te donner en échange ?

Pour toi, source de tout mon bien,

Gardienne attentive et charmée,

Je n'ai rien, pas même ce rien

Que l'on appelle renommée.

Je n'ai rien, lorsque c'est mon tour !

Je n'ai rien, cœur brûlé de flamme,

Que ma tendresse et mon amour ;

Je n'ai rien que toute mon âme.