Triolets à une vertu

By Paul Verlaine

Written 1890-01-01 - 1890-01-01

À la grosseur du sentiment

Ne vas pas mesurer ma force,

Je ne prétends aucunement

À la grosseur du sentiment.

Toi, serre le mien bontément

Entre ton arbre et ton écorce.

À la grosseur du sentiment

Ne vas pas mesurer ma force.

La qualité vaut mieux, dit-on,

Que la quantité, fût-ce énorme.

Vive un gourmet, fi du glouton !

La qualité vaut mieux, dit-on.

Allons, sois gentille et que ton

Goût à ton désir se conforme.

La qualité vaut mieux, dit-on,

Que la quantité, fût-ce énorme.

Petit poisson deviendra grand

Pourvu que L'on lui prête vie.

Sois ce l'on-là ; sur ce garant

Petit poisson deviendra grand,

Prête-la moi, je te le rend.‒

Rai gaillard et digne d'envie.

Petit poisson deviendra grand

Pourvu que L'on lui prête vie.

Mon cas se rit de ton orgueil,

Étant fier et de grand courage.

Tu peux bien en faire ton deuil.

Mon cas se rit de ton orgueil

Comme du chat qui n'a qu'un œil,

Et le voue au « dernier outrage ».

Mon cas se rit de ton orgueil

Étant fier et de grand courage.

Tout de même et sans trop de temps !

C'est fait. Sat prata. L'ordre règne.

Sabre au clair et tambours battants

Tout de même et sans trop de temps !

Bien que pourtant, bien que contents

Mon cas pleure et ton orgueil saigne.

Tout de même et sans trop de temps

C'est fait. Sat prata. L'ordre règne.