Triolets des belles filles

By Albert Mérat

Written 1900-01-01 - 1900-01-01

Native du pont Marcadet

Ou belle fille, c'est tout comme.

Jadis, plus d'une me cédait,

Native du pont Marcadet.

Quand un ami me précédait,

Je n'allais pas le dire à Rome.

Native du pont Marcadet

Ou belle fille, c'est tout comme,

Je le garde encor dans mon cœur

Ce bouquet de fleurs de banlieues.

Sans me croire un bien grand vainqueur,

Je le garde encor dans mon cœur.

C'étaient, malgré votre air moqueur,

Des fleurettes rouges et bleues.

Je le garde encor dans mon cœur

Ce bouquet de fleurs de banlieues.

Il faudrait faire du chemin

Pour en trouver d'aussi jolies.

Pour ces corolles de carmin

Il faudrait faire du chemin.

Elles embaumaient dans la main

Et ce n'étaient pas des folies.

Il faudrait faire du chemin

Pour en trouver d'aussi jolies.

C'étaient les roses, les muguets

De nos petites bouquetières

Dont les regards sont aux aguets

C'étaient les roses, les muguets.

On en composait des bouquets

Pour des semaines tout entières.

C'étaient les roses, les muguets

De nos petites bouquetières.

C'était simple et c'était charmant ;

C'est frais et gentil les fleurettes.

Qui peut être sage en aimant ?

C'était simple et c'était charmant.

Pour faire notre amusement

Cela passe à pleines charrettes.

C'était simple et c'était charmant :

C'est frais et gentil les fleurettes.

Arrêtez-vous pour le cueillir,

Ce joli printemps d'étagère

Qui garde presque de vieillir.

Arrêtez-vous pour le cueillir.

Il sait si bien vous accueillir,

Et son odeur est si légère !

Arrêtez-vous pour le cueillir

Ce joli printemps d'étagère.