Triolets des petits trognons

By Albert Mérat

Written 1900-01-01 - 1900-01-01

Les petits trognons de deux sous

Sont les bouquets de violettes

Du même prix qui sont si doux :

Les petits trognons de deux sous

C'est Paris qui lâche pour nous

A Montmartre ces alouettes.

Les petits trognons de deux sous

Sont les bouquets de violettes.

Auprès de ces jolis oiseaux

Qu'on nourrirait de quelques miettes,

Qu'aperçois-je dans les roseaux,

Auprès de ces jolis oiseaux ?

Un dos vague qui sort des eaux

Et des nageoires inquiètes ;

Auprès de ces jolis oiseaux

Qu'on nourrirait de quelques miettes.

Que voulez-vous faire à cela ?

Hélas ! c'est presque leur famille.

N'allez pas crier : oh la, la !

Que voulez-vous faire à cela ?

Sur un brin frais de réséda

On peut trouver une chenille ;

Que voulez-vous faire à cela ?

Hélas ! c'est presque leur famille !

Leurs cheveux de quinze ou seize ans

Sont une foison d'herbes folles.

Qu'ils sont délicats et plaisants

Leurs cheveux de quinze ou seize ans !

Et leurs yeux, de vrais vers luisants !

Leurs bouches roses, des corolles !

Leurs cheveux de quinze ou seize ans

Sont une foison d'herbes folles.

Elles n'ont pas grand'chose appris

Quand elles allaient à l'école,

Est-ce cela qui fait leur prix ?

Elles n'ont pas grand'chose appris.

A ces mots drôles de Paris

On révise le Protocole.

Elles n'ont pas grand'chose appris

Quand elles allaient à l'école.

Elles ne gagnent rien du tout,

Travaillent un peu la semaine,

Sans joindre l'un à l'autre bout.

Elles ne gagnent rien du tout.

Leur rêve, c'est un roi d'atout

Qui les habille et les promène.

Elles ne gagnent rien du tout,

Travaillent un peu la semaine.

Le roi d'atout ne s'en vient pas :

Sans doute il a d'autres affaires,

Ne prend rien entre ses repas.

Le roi d'atout ne s'en vient pas.

Pauvres gosses, sautez le pas

Sans nippes ni calorifères.

Le roi d'atout ne s'en vient pas :

Sans doute il a d'autres affaires.