Triomphe

By Armand Renaud

Written 1860-01-01 - 1860-01-01

QUATRE chevaux d'un blanc sans tache

Sont attelés à mon char d'or.

Dans la main je tiens une hache,

Sur le ciel bleu mon œil s'attache,

A mes pieds ma panthère dort.

La ville hier était immense ;

Les hommes grouillaient par milliers.

Mais tout finit quand je commence.

Se croire fort ! vaine démence,

Chute risible sous mes pieds !

Il fait une chaleur de forge,

Tant les palais flambent au vent.

Ou pille, ou saccage, on égorge ;

Demain il poussera de l'orge

Où fut tout ce fracas vivant.

Les vierges à part sont laissées.

Je leur ai dit : « Jetez des fleurs. »

Avec des poses cadencées,

Par elles des fleurs sont lancées

Au meurtrier de tous les leurs.

On épargne aussi les poètes.

Je leur ai dit : « Faites-moi Dieu. »

Ils ont pris la lyre des fêtes

Et chantent, assis sur des têtes,

Aux portes des palais en feu.