Triptyque

By Charles Le Goffic

Written 1914-01-01 - 1914-01-01

Octobre est venu :

Une route droite,

Qui file et miroite

Sur un plateau nu ;

De grises nuées,

Vers Crec’h-Daniel,

Traînant dans le ciel,

Comme exténuées ;

À l’angle d’un champ

Un mouton qui broute ;

Au bord de la route

Un chaume penchant.

Jusqu’à l’Île-Grande,

Pas d’autre maison :

Pour tout horizon

La lande, la lande…

Ces croupes que fouaille

Un vent forcené,

Ce sont les Mené

De la Cornouaille.

Clameurs, bonds d’effroi.

Tout en eux m’agrée :

Car je suis l’Arrhée,

Leur pâtre et leur roi.

Sur leur maigre échine,

D’Evran au Relecq,

Le vent ronfle avec

Un bruit de machine.

J’emplis mes poumons

De sa rauque haleine

Et pais dans la plaine

Mon troupeau de monts.

Las d’errer sans guide,

Depuis le Roudou,

Dans ce matin d’août

Brumeux et languide,

Nous nous allongeons

Au pied d’un Christ hâve,

Pointant, morne épave.

D’une mer d’ajoncs.

Mais cette marée

De genêt roussi

Soudain nous transit

D’une horreur sacrée.

Et, brusque ferveur,

La croix de détresse

À nos yeux se dresse

Comme un mât sauveur !