Tristesse

By Pierre Louÿs

Written 1888-01-01 - 1920-01-01

La brise du matin chantait sur les îlots.

Tout bruissait, à l’heure où tout est près d’éclore.

La nature amoureuse était pleine d’aurore

Et berçait ma tristesse au rythme des grands flots.

La mer rose semblait, elle aussi, du complot ;

Sa tendresse m’était une souffrance encore,

Et, quand l’Astre surgit de la plaine sonore,

Le soleil de mon cœur sombrait dans un sanglot.

Je pleurais, et la mer exultait, triomphante ;

Et tous les désespoirs que la douleur enfante

Comme des cris d’oiseaux s’en allaient dans les vents.

Pourquoi tout cet amour, quand l’homme n’est que haine ?

Pourquoi les jeunes flots et les soleils levants

Devant l’éternité de la misère humaine ?