Trois nocturnes
Written 1930-01-01 - 1930-01-01
Les tilleuls gonflés de vent
Tâtent l'air du bout de leurs branches.
Derrière eux, le ciel mouvant
A la couleur des perles blanches.
J'écoute avec passion,
Engloutie au fond du mystère,
La grande respiration
De ces algues de la terre.
Mon cœur ne reste pas seul.
Parmi l'orageuse soirée,
Je salue, en chaque tilleul,
Le Grand Inconnu qui crée.
Sur un dernier pan de clarté,
Les tilleuls gorgés de ténèbres
Dressent de longs vitraux funèbres
Découpés dans le ciel d'été.
L'allée évoque en sa beauté
Bien des cathédrales célèbres.
Jusques au fond de mes vertèbres
Je respire ce soir hanté.
Vaste solitude de l'âme !
Je ne suis plus homme ni femme
Dans l'ombre qui jette des sorts,
Mais, sous la nocturne émeraude,
Grave comme celui des morts,
Un invisible esprit qui rôde.
Dans la nuit pleine de silence,
Voici de grands coups sur le toit.
C'est la pluie et sa violence,
Quelque brusque grain de noroit.
Sous la lampe, travail, mystère ;
Dehors, néant muet et noir.
Maintenant j'écoute pleuvoir,
Bruit du ciel tombant sur la terre.
Parmi ces chocs intermittents,
Dans ma maison toute petit,
Je crois, sous mon toit qui crépite,
Que je navigue par gros temps.