Troisième nocturne

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1901-01-01 - 1901-01-01

Mon âme s'ouvre au soir comme une fleur bizarre

Qui s'épanouirait à l'heure du couchant,

Et, quittant le tombeau du corps, heureux lazare,

Monte à Dieu comme y vont l'encens et le plain-chant.

Je ne voudrais alors le baiser sur ma bouche,

L'étreinte me pressant l'épaule dans le noir,

Que pour me figurer un instant que je touche

L'au-delà que j'adore et que je ne puis voir,

L'amant n'étant pour moi, dans cette heure suprême,

Que mon rêve éternel subitement fait chair,

Qu'un être me donnant, l'espace d'un éclair,

L'illusion de dire à l'Infini : » Je t'aime ! »