Trop de temps

By Théodore Banville

Written 1884-01-01 - 1884-01-01

Acteurs mélodieux

Qu'un sage évite,

De grâce, au nom des Dieux,

Parlez plus vite.

Ah ! soyez pétulants !

Marchez, statues !

Mais vous êtes plus lents

Que des tortues.

Lui qui voudrait fuir vers

Les cieux farouches,

Le vers ailé, le vers

Meurt sur vos bouches.

Les drames sont troublés

Entre vos griffes,

Et tous, vous ressemblez

A des pontifes.

Car, étant officiers

D'académie,

Tous vous officiez,

L'âme endormie.

Vous bravez le courroux

Du bleu Permesse,

Et l'on croirait que vous

Dites la messe.

Hâte-toi, damoiseau

Trop bénévole !

La Muse est un oiseau

De feu, qui vole,

Et fuit au ciel obscur,

Dans l'ombre immense

Où le gouffre d'azur

Est en démence.

Elle brave les cris

Et les huées,

Et lit les mots écrits

Dans les nuées,

Et du vague Inconnu

Perce les voiles,

Et plonge son front nu

Dans les étoiles.

Suivant l'aigle aux yeux clairs

Jusqu'à son aire,

Elle atteint les éclairs

Et le tonnerre.

Mais toi, bourreau têtu,

Dont le pied marche

Toujours, comme si tu

Portais une arche ;

Tu vas embarrassé,

Traînant la guêtre,

Comme un chien harassé

Qui suit son maître

Et peine, et sent encor

Gonfler sa rate,

Et sur le sable d'or

Traîne la patte !