Ulalume
Written 1951-01-01 - 1951-01-01
Tristes étaient les étendues ;
Sèches, les feuilles, et tordues —
Sombres, les feuilles, et tordues ;
C'était nuit dans !'Octobre amer
De ma plus immémoriale
Année, au fond des brumes pâles
De l'humide marais d'Auber,
Dans l'âpre région de Weir —
C'était près du noir lac d'Auber,
Au bois hanté des ghouls de Weir.
Une fois, ici, dans le drame
Des titanesques, noirs cyprès
D'une allée obscure, j'errais —
Errais avec Psyché mon âme,
Aux jours où mon cœur lourd de flamme
Était ce volcan sombre et sec
Qui souffle son soufre, d'Yaneck,
Au pôle ultime, et roule avec
Des bonds au bas du mont Yaneck,
Au bas du boréal Yaneck.
Triste notre colloque, et sobre,
Mais traître notre songe amer.
Car, nous ignorant en Octobre,
Sans remarquer ce soir amer
De l'année (ah ! nuit entre toutes
Les nuits !) nous ignorions la route,
Ne reconnaissions pas la route,
Ne voyions pas le lac d'Auber,
(Bien qu'ayant pris déjà son air,)
Ignorions le noir lac d'Auber,
Le bois hanté des ghouls de Weir.
Et maintenant que la nuit claire
Marquait à son cadran stellaire,
Marquait l'aube au cadran stellaire,
Au bout du sentier finissant
Parut, nébuleux, liquescent,
Un miraculeux jour haussant
Avec deux cornes un croissant :
Astarté, diamant haussant
Les deux cornes de son croissant.
« Elle est plus chaude que Diane,
Dis-je, et hante un éther brumeux
De soupirs, zone diaphane.
Elle a vu que les pleurs des yeux
N'ont pas séché sur cette joue
Où le ver à jamais se joue.
Elle vient à travers les bleus
Astres du Lion silencieux.
Malgré le Lion silencieux,
Nous montrant le chemin des cieux,
Elle vient, à travers les cieux,
L'amour dans ses yeux lumineux. »
Mais Psyché, levant son doigt d'ombre,
Dit : " De cette étoile j'ai peur,
De l'étrange étoile, j'ai peur !
Hâtons-nous hors de sa lueur !
Oh ! fuyons ! fuyons sa pâleur ! »
Elle parla dans la terreur,
Laissant, dans la poussière sombre,
Ses ailes traîner leur blancheur,
Pleura jusqu'à ce que, dans l'ombre,
Ses plumes traînent leur blancheur,
Mélancolique, leur blancheur.
Je répondis : « Ce n'est qu'un rêve !
Allons vers sa splendeur qui luit,
Cristalline splendeur qui luit,
Car, sibylline, elle s'élève
Et brille d'espoir, cette nuit.
Vois ! Elle monte, cette nuit,
Au firmament, et nous conduit.
Ah ! Suivons-la, qui nous conduit
Jusqu'au ciel à travers la nuit ! »
Ainsi calmant son amertume
J'embrassai Psyché dans la brume
Et la tentai hors de son deuil.
Mais, en continuant, nous fûmes
Barrés par une tombe au seuil
Portant des mots gravés de deuil.
— « Quelle inscription dans la brume,
Douce sœur, dis-je, est sur le seuil ? »
Elle répondit : « Ulalume ! —
Ulalume ! — C'est Ulalume !
C'est ton Ulalume au cercueil ! »
Mon âme alors devint fanée
Et semblable aux feuilles fanées.
Je criai : « Quel démon d'enfer
M'a conduit comme l'autre année ?
C'est sûrement l'Octobre amer.
C'est ici portant, l'autre année,
Un fardeau terrible, que j'ai,
Je m'en souviens bien, voyagé.
C'est la même nuit de l'année !
Je reconnais ce lac d 'Auber,
Cette âpre région de Weir —
Reconnais ce noir lac d'Auber,
Ces bois hantés des ghouls de Weir. »