Un bruit d’autrefois

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

Quel bruit ! quel triste bruit s’échappe de la ville ?

Écoute ! Ici, partout, il porte la terreur !

On ne rit plus déjà dans ce riant asile ;

Ce bruit glace la danse, il arrête le cœur.

On dit que loin de nous la liberté s’envole ;

On dit qu’il ne faut plus se taire ni parler,

Qu’il faut peser trois fois le mot le plus frivole ;

Liberté ! comme toi je voudrais m’envoler !

Ce bruit change en froideur l’amitié longue et tendre ;

On s’observe, on se craint, on se fuit sans retour.

Des frères qui s’aimaient ne savent plus s’entendre ;

Juge de sa puissance ! il éteindrait l’amour.

Une larme, une fleur, donnée avec mystère,

Peut nous causer l’exil, et c’est presque la mort !

Mon Dieu ! s’il ne faut plus ni parler ni se taire ;

La pensée innocente aura l’air d’un remord.

On dit qu’au souvenir s’attache la défense.

Hélas ! toutes nos voix vont-elles s’arrêter ?

Oublîrons-nous le chant qui berça notre enfance ?

Heureux l’oiseau du ciel : il peut fuir et chanter.

Que je plains les mortels ! que je me plains moi-même !

Sais-tu, veux-tu savoir ce que je deviendrais

Si l’on me défendait de chanter ce que j’aime ?

J’obéirais un jour, et le soir je mourrais.