UN DES RIEURS parle
Written 1659-01-01 - 1659-01-01
Le Beau-Richard tient ses grands jours
Et va rétablir son empire.
L'année est fertile en bons tours ;
Jeunes gens, apprenez à rire.
Tout devient risible ici-bas,
Ce n'est que farce et comédie ;
On ne peut quasi faire un pas,
Ni tourner le pied qu'on n'en rie.
Qui ne rirait des précieux ?
Qui ne rirait de ces coquettes
En qui tout est mystérieux,
Et qui font tant les Guillemettes ?
Elles parlent d'un certain ton
Elles ont un certain langage
Dont aurait ri l'aîné Caton,
Lui qui passait pour homme sage.
D'elles pourtant il ne s'agit
En la présente comédie :
Un bon bourgeois s'y radoucit
Pour une femme assez jolie.
« Faites-moi votre favori
Lui dit-il, et laissez-moi faire. »
La femme en parle à son mari
Qui répond, songeant a l'affaire :
« Ma femme, il vous faut l'abuser,
Car c'est un homme un peu crédule,
Sous l'espérance d'un baiser,
Faites-lui rendre ma cédule.
« Déchirez-la de bout en bout
Car la somme en est assez grande
Toussez après ; ce n'est pas tout :
Toussez si haut qu'on vous entende.
« Il ne faut pas tarder beaucoup
De peur qu'il n'arrive fortune.
Toussez, toussez encore un coup,
Et toussez plutôt deux fois qu'une. »
Ainsi fut dit, ainsi fut fait.
En certain coin l'époux demeure,
Le galant vient frisque et de hait,
La dame tousse à temps et heure.
Le mari sort diligemment,
Le galant songe à s'aller pendre ;
Mais il y songe seulement :
Pour cela n'est-il à reprendre.
Tous les galants craignent la toux,
Elle a souvent troublé la fête.
Nous parlons aussi comme époux,
Autant nous en pend sur la tête.