Un présage

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1843-01-01 - 1843-01-01

J'ai vu dans l'air passer deux ailes blanches.

Est-ce pour moi que ce présage a lui ?

J'entends chanter tout un nid dans les branches :

Trop de bonheur me menace aujourd'hui !

Pour le braver je suis trop faible encore ;

Arrêtez-vous, ambassadeurs des deux !

L'épi fléchit que trop de soleil dore :

Bonheur, bonheur, ne venez pas encore ;

Éclairez-moi, ne brûlez pas mes yeux !

Tournée au Nord une cage est si sombre !

Dieu l'ouvre-t-il aux plaintes de l'oiseau,

L'aile incertaine, avant de quitter l'ombre,

Hésite et plane au-dessus du réseau.

La liberté cause un brillant vertige ;

L'anneau tombé gêne encor pour courir.

Survivra-t-on si ce n'est qu'un prestige ?

L'âme recule à l'aspect du prodige ;

Fût-ce de joie, on a peur de mourir !

Mais ce bouquet apparu sur ma porte,

Dit-il assez ce que j'entends tout bas ?

Dernier rayon d'une âme presque morte,

Premier amour, vous ne mourez donc pas !

Ces fleurs toujours m'annonçaient sa présence,

C'était son nom quand il allait venir :

Comme on s'aimait dans ce temps d'innocence !

Comme un rameau rouvre toute l'absence !

Que de parfums sortent du souvenir !

Je ne sais pas d'où souffle l'espérance,

Mais je l'entends rire au fond de mes pleurs.

Dieu ! qu'elle est fraîche où brûlait la souffrance !

Que son haleine étanche de douleurs !

Passante ailée, au coin du toit blottie,

Y rattachant ses fils longs et dorés,

Grâce à son vol, ma force est avertie :

Bonheur ! bonheur ! Je ne suis pas sortie ;

J'attends le ciel ; c'est vous, bonheur : Entrez !