Un soir
Written 1907-01-01 - 1907-01-01
La fanfare des cors rend son âme légère
Et le soir se recueille en l'Église des bois.
Car au ciel qui se fane, à d'invisibles doigts,
Tremble l'hostie lunaire.
— Seigneur, Dieu du Silence auguste et de la Nuit,
Sanctifiez les fleurs qui meurent embaumées.
Et les vieilles maisons, expirantes aussi.
Qui râlent leurs fumées !
Seigneur, acceptez l'âme humide de sanglots
Des grands parcs éplorés et des forêts d'automne ;
Seigneur, bénissez la louange monotone
Qui monte des jets d'eau !
S'il est, par ce beau soir, une humble destinée
Qu'il vous faille choisir pour en orner les cieux.
Au moins qu'indolemment la mort lui soit donnée
En souffle sur les yeux ;
Que son cœur ait la paix de l'abside fermée
Qui vous priait encor tantôt, depuis mille ans ;
Et que le sol lui soit moins lourd que les buées
Que voici sur les champs !