Un soir

By Fernand Fleuret

Written 1907-01-01 - 1907-01-01

La fanfare des cors rend son âme légère

Et le soir se recueille en l'Église des bois.

Car au ciel qui se fane, à d'invisibles doigts,

Tremble l'hostie lunaire.

— Seigneur, Dieu du Silence auguste et de la Nuit,

Sanctifiez les fleurs qui meurent embaumées.

Et les vieilles maisons, expirantes aussi.

Qui râlent leurs fumées !

Seigneur, acceptez l'âme humide de sanglots

Des grands parcs éplorés et des forêts d'automne ;

Seigneur, bénissez la louange monotone

Qui monte des jets d'eau !

S'il est, par ce beau soir, une humble destinée

Qu'il vous faille choisir pour en orner les cieux.

Au moins qu'indolemment la mort lui soit donnée

En souffle sur les yeux ;

Que son cœur ait la paix de l'abside fermée

Qui vous priait encor tantôt, depuis mille ans ;

Et que le sol lui soit moins lourd que les buées

Que voici sur les champs !