Un soir

By Émile Verhaeren

Written 1887-01-01 - 1887-01-01

Et des bouches d’argent et des regards de pierre

Taisent immensément le glacial mystère

De ce minuit, dallé d’ennui.

En des cirques d’éther et d’or, seules et seules,

Les constellations tournent comme les meules

De ce minuit, dallé d’ennui

Des monuments silencieux et des étages

Se devinent, par au-delà des grands nuages

De ce minuit, dallé d’ennui.

Sait-on jamais quels imminents sépulcres sombres,

Scellés de fer, vont éclater, parmi les ombres

De ce minuit, dallé d’ennui ?

Quels pas sonnant la mort et quelles cohortes

Viendront casser l’éternité des heures mortes

De ce minuit, dallé d’ennui ?

Et clore, à tout jamais, ces yeux de pierre,

Cristaux mystérieux et ors, dans la paupière

De ce minuit, dallé d’ennui.