Un tendre

By Gaston Heux

Written 1924-01-01 - 1924-01-01

Sa Rosine moins blette en eût fait Chérubin…

Mais doter un filleul de restes d'hétaïre !…

D'un suprême sultan volontaire Zaïre,

Elle fut son Pactole, et son lit, et son bain !

O lit de vase et d'or, ô baignades divines !

Lui fut l'amant fantasque, indolent et très cher,

Qui contraignant sa chaise au jeu d'un rocking-chair,

Plus haut que son toupet étalait ses bottines.

Il levait droit les pieds comme on vise l'azur !

Mais l'essor s'en figeait au niveau de la table,

Où des plats, semblait-il, dans leur creux délectable,

Les trouvaient tôt ou tard au rendez-vous très sûr !

Ambition d'orteils par raison de chaussettes :

Filigrane de soie et de tendre couleur,

D'un prix, tôt reporté du débours aux recettes,

Qu'au grand livre d'amour il soldait de l'honneur.

On l'accueillait pourtant autour des marbres lâches

Où l'artiste inquiet et de gloire assoiffé

Goûte l'encens hâtif qui monte vers les tâches

Dont l'ébauche éternelle est parfaite au café !

Il agrippait à tous sa suffisance énorme.

Dût son double Pégase au brancard s'enrhumer,

Le coche de sa belle attendait sous un orme

Que sa verve d'Ovide eût repris l'Art d'aimer.

Parfois, au petit jour, d'une voix qui s'enroue.

Il offrait aux amis ce roulant Rambouillet,

Cette alcôve en partance et qui dormait sur roue,

Où son demi-sommeil contre ses poings bâillait.

Il y traînait encor ce parfum délétère

Dont la maîtresse mûre attise un jeune amant,

Ce mensonge de fleurs sur quelle aride terre,

Qui vers la chair sans grâce attire ingénument.

Comme des pèlerins sur un champ de bataille,

Les yeux prenaient plaisir aux suggestifs coussins

Où l'esprit saccageait, en assauts à leur taille,

Sous un vainqueur gagé des hanches et des seins.

Un jour que je rageais sa veule compagnie,

Il crut à ma fatigue, et, comme on s'attardait :

« Voulez-vous mon carosse offrit sa voix honnie !

» — C'est juste !… ce carosse attelé d'un bidet ! »