Une âme

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1843-01-01 - 1843-01-01

D'une pauvre âme en cheveux blancs,

Qui s'épure ensemble et s'altère,

Pourquoi venez-vous, ô mon frère !

Épier les rayons tremblans

D'une pauvre âme'en cheveux blancs ?

Tant de jours ont chassé le jour

Où la vôtre s'en est allée,

Laissant sa jeune sœur voilée

Se dévouer seule à l'amour :

Tant de jours ont chassé ce jour !

N'est-ce pas apprendre bien tôt

Que l'amour n'est pas de la terre ?

Un jour, la tendre solitaire

Devina qu'il était plus haut :

N'est-ce pas l'apprendre bien tôt ?

Il est plus haut ! vous y viendrez,

Puisqu'enfin vous m'avez cherchée ;

Et moi, pour m'être ainsi cachée,

Belle un jour vous me reverrez.

Plus tard, bien tard, vous y viendrez !

Mais fuyez ce sentier de feu,

Couvert d'une si triste cendre ;

Nous ne pouvons plus redescendre ;

Le temps vole : attendez un peu !

Mais fuyez ce sentier de feu.

Si l'ange de la charité

S'émeut à ma double prière,

Vous monterez à sa lumière

En quittant ce monde agité :

Tout s'unit dans la charité !

Moi, sans frayeur ; vous… toi sans fiel,

Dieu sera dans notre présence,

Comme à ce beau temps d'innocence

Où nos regards étaient le ciel,

Moi, sans frayeur ; vous… toi, sans fiel !