Une ondine

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

La rivière est amoureuse,

Enfant ! n’y viens pas le soir ;

Près d’Angèle la peureuse

Va plutôt rire et t’asseoir.

Si l’eau jalouse en soupire,

Ferme l’oreille à sa voix ;

Car elle roule un empire

Doux et mortel à la fois.

Chaque soir, ses bras humides

Attirent quelque imprudent

Qui, sous ses perles liquides,

Vient plonger son cœur ardent.

Un miroir à la surface

Sourit, trempé de fraîcheur ;

Le pied glisse ; l’onde efface

Le sourire et le plongeur !

Et la vierge fiancée

Pleure au pied de l’élément

Qui, dans la couche glacée,

Berce à jamais son amant,

Cet amant, dont sa jeune âme

Croit entendre les sanglots

Murmurer : « Venez, ma femme,

Dormir aussi sous les flots. »

Par le doux pater d’Angèle,

Par ses yeux fervents d’amour,

Par la croix ! par la chapelle

Qui doit vous unir un jour,

Enfant ! l’onde est molle et pure,

Mais elle a soif de nos pleurs ;

La rive ombreuse est plus sûre ;

N’en dépasse pas les fleurs !