Une voix et des ailes
Written 1844-01-01 - 1879-01-01
Il est beau de fendre l'air,
De passer, fier et sauvage,
Plus rapide qu'un nuage,
Comme la flèche et l'éclair ;
Au delà des mers lointaines.
D'aborder le même jour,
A Paris sur une tour,
Sur un fronton dans Athènes !
De planer en liberté
Sur les flots et sur les nues,
De fuir dans l'immensité
Vers les sphères inconnues ;
D'avoir vu tout l'infini
Et, sur l'heure, à tire-d'aile,
De revenir à son nid…
Bienheureuse l'hirondelle !
Il est doux sur les buissons,
Dans les fleurs, sous la feuillée,
De tenir, à ses chansons,
La nature réveillée ;
De bercer au frais des soirs
Les cœurs en bonne fortune ;
D'endormir au clair de lune
Les amoureux désespoirs !
De fredonner sur les gammes
Qui se chantent dans le ciel,
Avec cette voix de miel
Chère à l'oreille des femmes.
Il est doux, à petit vol.
Dans les jardins, porte close,
De glisser de rose en rose…
Bienheureux le rossignol !
Mais je sais, sur notre terre,
Je sais un oiseau des bois
Qui vole et chante à la fois,
Sans se lasser, ni se taire.
Sa voix tendre à la douleur.
Sa grande aile vagabonde
Murmure de Heur en fleur
Voltige de monde en monde.
Ce chantre au souple gosier
Ce flotteur aux larges voiles,
Fait son nid dans un rosier,
Navigue vers les étoiles.
Il rase un moment le sol.
Remonte au ciel d'un coup d'aile.
Mélodieux rossignol
Aussi prompt que l'hirondelle.
Cet oiseau qui, librement,
Malgré la force ou la ruse.
Chante et plane au firmament.
L'oiseau divin, c'est la Muse.