Valets

By Albert Glatigny

Written 1870-01-01 - 1870-01-01

On n'a pas eu besoin de les chasser. D'eux-mêmes

Ils se sont esquivés, furtifs, grotesques, blêmes,

La main à leur derrière ainsi qu'un bouclier,

Perdant, l'un son toupet, l'autre son râtelier.

Dégringolant, soufflant, suant à grosses gouttes,

Ils se sont culbutés le long des grandes routes,

À défaut du remords poursuivis par la peur,

Regardant derrière eux parfois avec stupeur,

Effrayés de leur ombre…

Ô jocrisses, bobêches,

À tout fier sentiment jusqu'à la fin revêches !

Parce que vous avez été vils, vous croyez,

Ô hiboux ! Par l'éclat du grand jour foudroyés,

Qu'on sera comme vous, vils, abjects et féroces !

Tremblez moins. Modérez le galop de vos rosses.

Oui, vous avez été des chacals, vous avez

Du sang noir de décembre à vos doigts mal lavés ;

Vous disiez : feu ! Vos mains dressaient les guillotines ;

Vous avez rédigé les listes clandestines

Qui vouaient à l'exil nos plus purs citoyens ;

Rien ne vous arrêtait alors ; tous les moyens

Étaient bons, qui pouvaient arracher un sourire

Au louche fondateur de ce hideux empire

Qui vous croule à présent sur le dos, et jugeant

Les autres d'après vous, en ce péril urgent,

Vous croyez entrevoir de fauves représailles.

Vous cherchez les terriers, les caves, les broussailles,

Les trous à rats, vermine impériale. Allons,

Rassurez-vous. Tournez moins vite les talons…

La république, enfant des ardentes fournaises,

Laisse à d'autres le soin d'écraser les punaises.