Valse

By Gabriel Trarieux

Written 1891-01-01 - 1891-01-01

Le violoncelle exquis

Vibre, râle et gronde,

Et, rêveur, je songe aux bruits

De la mer profonde.

Au rythme charmeur des sons,

Languissamment nous valsons…

Oh ! les délicats frissons

De sa mèche blonde !

Mieux qu'avec du vin nouveau,

Lente et cadencée,

La valse grise, au cerveau,

La jeune pensée ;

Agitant ses grelots d'or,

Voluptueuse, elle endort

D'un sommeil étrange et fort

Sa proie oppressée..

L'Univers tragique et fou

A fui comme un rêve ;

Nous allons je ne sais où,

Sans but et sans trêve ;

La musique a des sanglots ;

Nous tournons, les yeux mi-clos ;

Dans son beau corps, à pleins flots,

Palpite la sève…

Pas un mot furtif ne part

De nos bouches closes ;

L'étincelle du regard

Dit bien mieux les choses.

Sous le lustre au fixe éclat

Je tourne, et je songe : « Ha !

« Qu'il ferait bon mourir là,

« Sur ces lèvres roses…