Veder napoli poi mori

By Tristan Corbière

Written 1873-01-01 - 1873-01-01

Voir Naples et… — Fort bien, merci, j'en viens. — Patrie

D'Anglais en vrai, mal peints sur fond bleu-perruquier !

Dans l'indigo l'artiste en tous genres oublie.

Ce Ne-m'oubliez-pas d'outremer : le douanier.

— O Corinne !… ils sont là déclamant sur ma malle…

Lasciate speranza, mes cigares dedans !

— O Mignon !… ils ont tout éclos mon linge sale

Pour le passer au bleu de l'éternel printemps !

Ils demandent la main … et moi je la leur serre !

Le portrait de ma Belle, avec morbidezza

Passe de mains en mains : l'inspecteur sanitaire

L'ausculte, et me sourit … trouvant que c'est bien ça !

Je venais pour chanter leur illustre guenille,

Et leur chantage a fait de moi-même un haillon !

Effeuillant mes faux-cols, l'un d'eux m'offre sa fille…

Effeuillant le faux-col de mon illusion !

— Naples ! panier percé des Seigneurs Lazzarones

Riches d'un doux ventre au soleil !

Polichinelles-Dieux, Rois pouilleux sur leurs trônes,

Clyso-pompant l'azur qui bâille leur sommeil !…

O Grands en rang d'oignons ! Plantes de pieds en lignes !

Vous dont la parure est un sac, un aviron !

Fils réchauffes du vieux Phœbus ! Et toujours dignes

Des chansons de Musset, du mépris de Byron !…

— Chœurs de Mazanielli, Torses de mandolines !

Vous dont le métier est d'être toujours dorés

De rayons et d'amour … et d'ouvrir les narines,

Poètes de plein air ! O frères adorés !

Dolce Farniente !… — Non ! c'est mon sac !… il nage

Parmi ces asticots, comme un chien crevé ;

Et ma malle est hantée aussi … comme un fromage !

Inerte, ô Galilée ! et … è pur si muove…

— Ne ruolze plus ça, toi, grand Astre stupide !

Tas de pâles voyous grouillant à se nourrir ;

Ce n'est plus le lézard, c'est la sangsue à vide…

— Dernier lazzarone à moi le bon Dormir !