Végétation souterraine

By Armand Renaud

Written 1860-01-01 - 1860-01-01

DANS un précipice

Très longtemps je glisse,

Cherchant

Si je suis fantôme,

Ou jouet d'un gnome

Méchant.

L'abîme m'emporte.

Je trouve une porte

Au bout.

Elle s'ouvre. J'entre

Dans le rocher, centre

De tout.

Là, je vois des lignes

D'animaux indignes

Du ciel,

Oiseaux et reptiles

Aux gueules fertiles

En fiel ;

Multitude immonde

Qui couvrit le monde

Jadis,

Monstres au déluge

Par le divin juge

Maudits.

Plus loin se déroule

Une vaste houle

De feu ;

Dans le milieu bouge

Une hydre au corps rouge

Et bleu.

Ses langues vivaces

Par mille crevasses

S'en vont,

En haut, sur la terre,

Lécher le cratère

Qui fond.

A l'entour se range

Un bois d'un étrange

Effet ;

Tout ce qu'il renferme,

De métal qui germe

Est fait.

C'est de là, pour vivre,

Que plomb, fer ou cuivre,

Tout sort,

Puis au loin rayonne,

Selon que l'ordonne

Le Sort.

L'immense ramure,

Rendant d'une armure

Le bruit,

Près de la fournaise,

En teintes de braise,

Reluit.

Ce ne sont que voûtes,

Que piliers de toutes

Couleurs,

Des colliers, des fresques

Et des arabesques

De fleurs.

L'argent en rosées

Se mêle aux fusées

D'or fin ;

Cela s'entortille

Et cela pétille

Sans fin.

Mais l'éclat féerique

Et le chimérique

Concert,

Tout dans l'épouvante,

Pour l'âme vivante,

Se perd.

Car parfois une ombre,

Sur les.feux sans nombre

Passant,

Sur moi, de la voûte,

Verse, goutte à goutte,

Du sang.