Vers de neuf syllabes,

By Théodore Banville

Written 1881-01-01 - 1881-01-01

En proie à l’enfer — plein de fureur,

Avant qu’à jamais — il resplendisse,

Le poëte voit — avec horreur

S’enfuir vers la nuit — son Eurydice.

Il vit exilé — sous l’œil des cieux.

Les fauves lions — avec délire

Écoutent son chant — délicieux,

Captifs qu’a vaincus — la grande Lyre.

Le tigre féroce — avait pleuré,

Mais c’était en vain, — il faut que l’Hèbre

Porte dans ses flots — mort, déchiré,

Celui dont le nom — vivra célèbre.

Puis divinisé — par la douleur,

À présent parmi — les Dieux sans voiles,

Ce charmeur des bois, — cet oiseleur

Pose ses pieds blancs — sur les étoiles.

Mais l’ombre toujours — entend frémir

Ta plainte qui meurt — comme étouffée,

Et tes verts roseaux — tout bas gémir,

Fleuve qu’a rougi — le sang d’Orphée !