Vers l’enfance

By Émile Verhaeren

Written 1887-01-01 - 1887-01-01

Les passions d’éveil et de savoir ? — Vidées.

Alors, viens voir ton bel ange gardien, le tien,

Qui lentement s’assied sur tes tombeaux d’idées.

Il te parle, très doucement, de l’autrefois ;

Écoute : et les saluts, jadis, à l’oratoire,

Et les Noël et les Pâques et puis les Croix

Et les âmes des tiens qui sont en purgatoire.

Écoute : et les premiers alléluias chantés,

Et, le samedi soir, les bonnes litanies,

Et les psaumes, de nef en nef, répercutés

Et lents, au pas égaux de leurs monotonies.

Écoute : et les processions — et puis encor

Les ex-votos en Mai dressés sur des estrades,

Et la Vierge Marie, avec son Jésus d’or,

Et les enfants de chœur qui sont des camarades.

Écoute : et du petit village il s’en souvient

Ton cœur ; écoute : et puis, accueille en confiance,

À cette heure d’ennui, ton bon ange gardien,

Le tien, qui te rhabillera de ton enfance.

Hélas ! doux, tranquille et clair, il ne ferait

Qu’un bruit, sur mon cerveau, de blanches étincelles,

Que mon absurdité bougonneuse viendrait

Lui déchirer les yeux et lui casser les ailes.