Vers pour être calomnié

By Paul Verlaine

Written 1884-01-01 - 1884-01-01

Ce jour je m’étais penché sur ton sommeil.

Tout ton corps dormait chaste sur l’humble lit,

Et j’ai vu, comme un qui s’applique et qui lit,

Ah ! j’ai vu que tout est vain sous le soleil !

Qu’on vive, ô quelle délicate merveille,

Tant notre appareil est une fleur qui plie !

O pensée aboutissant à la folie !

Va, pauvre, dors, moi, l’effroi pour toi m’éveille.

Ah ! misère de t’aimer, mon frêle amour

Qui vas respirant comme on respire un jour !

O regard fermé que la mort fera tel !

O bouche qui ris en songe sur ma bouche,

En attendant l’autre rire plus farouche !

Vite, éveille-toi ! Dis, l’âme est immortelle ?