Victoire

By Pétrus Borel

Written 1832-01-01 - 1832-01-01

Allez-vous-en, monsieur, la nuit est avancée,

La lune à notre ciel s'est soudain éclipsée ;

Allez-vous-en, j'ai peur, le chemin est désert.

Pourquoi rester encor ? Pars, va-t-en, à quoi sert ?…

Oh ! ne m'accable plus de ce baiser frivole,

Où notre amour renaît, où l'amitié s'envole ;

J'y puise trop de feu ; tu manque à ton serment ;

Tu devais être ami, te voilà presque amant !

Pars, va-t-en, il est tard ! — Non, non, ce ne peut être,

Car mon être embrasé veut avoir un autre être ;

Car longtemps j'attendis ; ne dis plus a demain.

Tu me livres ton front, ton beau col et ta main,

Puis il faut que, le cœur plein d'ardeur et de joie,

Je caresse en enfant cette robe de soie :

Non, ce n'est plus assez, non, je voudrais ton corps,

Je le voudrais entier !… Vainement tu me mords.

Point de cris, point de pleurs. — Monstre ! — Belle maîtresse :

Rien que des pleurs de joie et des râles d'ivresse !…