Vierges mortes

By Edmond Haraucourt

Written 1885-01-01 - 1885-01-01

Œillets blancs, lilas blancs et violettes blanches :

Et le char sépulcral s’en va vers les caveaux,

Sinistre et chaste, au pas rythmique des chevaux

Qui bercent les grands draps déployés sur leurs hanches.

Ô vierges ! D’autres Mais fleuriront les pervenches,

Les baisers écloront dans les Avrils nouveaux

Et la brise des Juins grisera les cerveaux :

Mais vos corps sans désirs dormiront sous les planches.

Toujours ! Et c’est fini sans être commencé !

Votre avenir d’hier a mille ans de passé :

Vos cœurs immaculés sont morts avant de naître.

Lilas blancs, œillets blancs… Vous vous en retournez

Vers l’immense sommeil des choses, sans connaître

Le seul bien que la vie accorde à ses damnés !