Ville du soir
Written 1901-01-01 - 1901-01-01
La ville s'illumine au lointain à fleur d'eauLa ville s'illumine au lointain à fleur d'eau
Tout au bout de la mer nocturne ;
Lève ta tête basse, ô triste,ô taciturne !
Le couchant furieux s'apaise à l'horizonLe couchant furieux s'apaise à l'horizon
Au-dessus de la mer éteinte ;
Regarde, ô cœur gonflé de plaintes !
Lève la tête, vois ! Ainsi qu'un long collierLève la tête, vois ! Ainsi qu'un long collier
La ville brille dans le soir,
Contredite dans l'eau comme dans un miroir.
Les tours luisent, voici les châteaux qui s'allument,Les tours luisent, voici les châteaux qui s'allument,
Voici les palais qui flamboient ;
Ah ! de la joie, ah ! de la joie !…
C'est la ville du bout du monde, c'est Thulé,C'est la ville du bout du monde, c'est Thulé,
C'est le conte bleu, c'est le rêve ;
Appareillons ! Partons vers ces lointaines grèves !
Puisque notre vaisseau tourne déjà sa prouePuisque notre vaisseau tourne déjà sa proue
Et comme pour un vol gonfle déjà ses voiles
Vers ce là-bas riche d'étoiles,
Monte et partons ! Tes yeux pleureront de bonheurMonte et partons ! Tes yeux pleureront de bonheur
En grosses larmes sur la mer.
Nous avons tant souffert, nous avons tant souffert !
Mais nous aborderons la Ville où nous attendentMais nous aborderons la Ville où nous attendent
Nos désirs irréalisés
Et nos pauvres espoirs brisés.
Nous allons vivre !… Ah dis, lève-toi, chante-moiNous allons vivre !… Ah dis, lève-toi, chante-moi
Quelque hymne les deux bras ouverts
Dans ton manteau de deuil qui traîne dans la mer ;
Car voici qu'on peut voir déjà monter la tourCar voici qu'on peut voir déjà monter la tour
Où l'être te fait signe enfin
Dont tu eus si soif et si faim ;
Toute puissance d'homme et tendresse de femme,Toute puissance d'homme et tendresse de femme,
Voici sa bouche pour ta bouche,
Ses deux bras insensés pour ton amour farouche,
Sa bonne épaule pour ton front lourd de pensée,Sa bonne épaule pour ton front lourd de pensée,
Son cœur pour ton cœur gros de sève,
Ses deux yeux profonds pour tes rêves ;
Sa voix parle, son œil voit, son oreille entend,Sa voix parle, son œil voit, son oreille entend,
Toute une âme compréhensive
Veille ; attendant ton âme, en sa beauté pensive ;
Et c'est ta paix et c'est ton amour, c'est ta joie,Et c'est ta paix et c'est ton amour, c'est ta joie,
Ah ! de la joie, Ah de la joie !…
cette cité qui met ton désir sur la mer,
O cœur pudique, ô cœur pervers, ô cœur amer !…