Visites

By Paul Verlaine

Written 1895-01-01 - 1895-01-01

Je n'ai pas vu d'arbres ni d'herbe

Ni de ciel, sinon un seul pan,

Durant tout cet été superbe

Dont on me rebat le tympan.

Ah çà, m'aurait-on donc jeté

Dans un cachot trop mérité ?

Non, je suis simplement malade,

Mais un malade dès l'abord

En plein large, à la débandade,

Délire, coma, pris pour mort ;

Puis je redevins l'alité

Classique — à perpétuité ?

Et ce n'est pas que je m'ennuie,

Au moins, dans l'asile où je suis.

Pas de soleil, mais pas de pluie.

J'y vis au frais, au chaud, et puis

Des visiteurs assidûment

Y charment mon isolement.

C'est toi d'abord, ô bien-aimée,

M'apportant avec ta gaîté

Dorénavant douce, l'armée

Des victorieux procédés

Par quoi tu m'as toujours dompté,

Conseil juste, forte bonté…

Et ne voilà-t-il pas ençore,

Ô miracle renouvelé

De vingt ans passés que j'implore

Depuis lors, contrit, désolé,

Que la grâce entre et me sourit,

De Notre-Seigneur Jésus-Christ !