Vitrail

By Henriette Hervé

Written 1925-01-01 - 1925-01-01

L'amour suppose-t-il le choix, l'élection ?…

N'est-il pas plus semblable à la force sans nom

Qui condense soudain toutes les molécules

Éparses dans une eau qu'aucun choc ne troublait ?

D'où vient un jour le branle ? A quel ordre secret

Obéit donc l'atome, et quel dieu le stimule

Pour que son vol direct soit plus impérieux

Que celui d'un faucon lancé du haut des cieux ?

L'as-tu jamais pu voir, cette course émouvante,

Quand, du calme néant, surgit une tourmente

D'innombrables fragments désunis mais pareils ?

Ils vont droit vers un but qu'ils ne peuvent connaître,

Ils vont créer un tout où se perdra leur être,

Ils vont, eux sans éclat, contenir le soleil,

Mais quel pouvoir les guide ? et comment s'élabore

L e bloc de pur cristal où s'irise l'aurore ?

C'est ainsi que dans l'eau profonde de mon cœur

S'est formé brusquement la magique splendeur

De l'amour… Un choix ? Non ! un élan unanime,

Et tout l'être émotif recréé d'un seul coup !

Une lame de fond dont l'immense remous

Jette aux sables des bords les sables de l'abîme,

Et le contour des mers a changé de dessin

Et leurs dix mille écueils sont autant de chemins !

L'amour n'est vraiment fait que de parcelles d'âme…

Chacune apporte un feu, aucune n'est la flamme,

Mais plus l'âme est diverse et plus l'amour est beau !

C'est le Vitrail Mystérieux où s'auréolent

De lourds pétales d'or et d'ardentes corolles,

Il rutile de vert, de pourpre et d'indigo,

Mais offre art, jour pourtant, ainsi qu'une réplique,

L'éclatante blancheur de sa rose mystique !

Le vois-tu pas étinceler devant tes yeux ?

Regarde chaque vitre où palpite et s'émeut

Une effusion différente ! Et c'est leur somme

Qui forme la -rosace où resplendit l'Amour !

Là, ce rayon plus vert… vert comme une eau qui court,

Comme un sous-bois d'été calme et frais ! Il se nomme

La Foi Divine ! Il est l'ineffable abandon

Il est l'amour, mais nul désir ne le corrompt.

Ce rayon smaragdin fut ma première offrande…

Il, a quitté mon cœur sans que je le défende,

Hier, il louait Dieu… je le vois aujourd'hui

Brûler d'un même feu devant une autre idole !

Il espère le geste et le mot qui consolent,

Et, devant son nouveau tabernacle, il reluit…

Il est l'extase, il est l'apaisante lumière,

C'est le brin d'herbe qui ravissait Sainte Claire…

Puis, vois plus loin ce reflet bleu qui vient jouer…

Quelque chose dans l'air semble se dénouer…

C'est la Tendresse et ses défaillantes délices !

Tout est trempé d'azur comme un ciel de printemps,

Un ciel où trembleraient de fins bouleaux d'argent,

Tandis qu'au loin, sous le soleil, des prés fleurissent…

Par un semblable jour Madeleine pleurait,

Et l'amour indulgent pardonnait en secret…

Regarde !… tu peux voir dans l'ardente rosace

Les profonds violets veloutés où s'amassent

Le trésor des Pitiés et des Compassions…

C'est un amour aussi que la Miséricorde !

Et si tu veux un jour qu'enfin je te l'accorde,

Viens le prendre, il est là, je t'en fais l'abandon !

Il aurait pour ton mal la caresse angélique

Qui rafraîchit… c'est le geste de Véronique…

Et le vitrail flamboie encor d'une lueur

Dont l'éclat rouge exalte étrangement le cœur

Et le soutient dans un -effort que rien ne lasse !

C'est l'amour plus actif qui combat, qui défend,

C'est l'amour que Monique avait pour son enfant ;

Sa pourpre est sans défaut, aucun feu ne l'efface,

Et je te l'ai donné quand je t'ai vu moins fort

Qu'un serment, ou qu'un rêve, ou qu'un à-coup du sort !

Voilà de quoi j'ai fait l'éclatante verrière

Dont tes yeux n'ont pas pu supporter la lumière !

La vois-tu maintenant se dresser devant toi ?

C'est l'unanimité des forces de mon âme

Qui confère à chacune une plus haute flamme

Dont se consume et s'alimente un Amour-Roi !

Il est trop lumineux pour que tu le renies !

Il est sonore et comme vêtu d'harmonie !

Pourtant je sais qu'il peut briller plus clair encor,

Chanter plus haut, vibrer plus loin, brûler plus fort,

Si tu veux exercer enfin tes privilèges !

Approche-toi ! Fais jouer un rai de soleil

Dans toutes ses splendeurs ! Ajoute un son vermeil

A l'éclat blanc de ses trompettes de cortège !

Prends-le… Mais qu'un geste indifférent de ta main

N'éteigne pas, sans y penser, ses feux divins !