Voyages

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1910-01-01 - 1910-01-01

J'ai promené sur mer ma lente indifférence.

Et regardé passer les villes sous mes yeux.

Avec leurs ciels trop beaux et leurs lointains trop bleus,

J'ai vu tant de pays qui ne sont pas la France !

Je cueillais au passage, à travers les hasards,

Les heures graves ou falotes.

Il me souvient encor de ces grouillants bazars

Et de ces grands quais smyrniotes.

Athènes vint à nous, au pied du Parthénon,

Toute de lumière et de lignes.

Les victoires volaient tout autour de son nom

Ainsi que d'invisibles cygnes.

Et ce fut par un soir d'indigo qu'en chemin

Apparut le Péloponèse

Étalé sur l'a mer comme une grande main,

Dans L'air plein d'harmonie et d'aise.

Cap ri bleue en dedans, Naples blanche et couchée

Sous son Vésuve mauve et bleu

Chantaient-elles pour nous sur la barque penchée

Pleine d'enfants aux yeux de feu ?

Qui dira la douceur de toutes ces merveilles

Écloses sous mon regard dur,

Et vous, monotonie errante, heures pareilles,

O pleine mer, tasse d'azur ?

O voyage ! O beauté fugitive et dorée !

O surprise et plaisir de tout ce que l'on voit !

Pourquoi, pourquoi mon âme est-elle demeurée

Si loin, clans un coin turc, sur le Bosphore étroit ?