Vraie mort

By Edmond Haraucourt

Written 1885-01-01 - 1885-01-01

Oui, j’ai peur de la Mort, ô Christ, si la pensée

Doit survivre à la chair quand le corps disparaît,

Et si l’éternité garde encore un secret

Qui fait rêver notre âme inquiète et lassée.

Honte à la Mort, s’il faut, quand notre heure est passée,

Pleurer au seuil des nuits ce monde où l’on pleurait,

Et heurter son front vide où sonne le regret

Contre les durs ciments de la prison glacée !

— Mais toi, je t’aime, Mort, toi qui prends sans merci

Corps, âme, l’homme entier, sans rien laisser ici

Du pauvre Moi qui fut et qui ne veut plus être.

Toi qui, n’ouvrant sur rien ton orbite béant,

Sans remords d’une vie et sans crainte d’un maître,

Dors dans l’immensité paisible du Néant !