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By Théodore Banville

Written 1842-01-01 - 1842-01-01

Je bois à toi, jeune reine !

Endormeuse souveraine,

Oublieuse des soucis !

Car c'est pour bercer ma joie

Que ton caprice déploie

Les lits de pourpre et de soie,

Charmeresse aux noirs sourcils !

Ta folle toison hardie

Brille comme l'incendie

Hôtesse du flot amer,

Ta gorge aiguë étincelle

Dans un rayon qui ruisselle ;

Tu gardes sous ton aisselle

Tous les parfums de la mer.

Ta chevelure est vivante.

Elle frappe d'épouvante

Le lion et le vautour :

Sur ton beau ventre d'ivoire

S'éparpille une ombre noire,

Et tu marches dans ta gloire,

Superbe comme une tour.

Ô déesse protectrice !

Heureux, ô sage nourrice,

L'athlète aux muscles ardents

Qui tout couvert de blessures,

D'écume et de meurtrissures,

Appelle encor les morsures

De ta lèvre et de tes dents !

Toi seule, ô bonne déesse,

As l'incurable tristesse

De l'étoile et de la fleur

Sous l'or touffu qui te baigne ;

Et ton désespoir m'enseigne

Sur ton flanc glacé qui saigne

L'extase de la douleur.

Honte au cœur timide ! Il trouve

Sous ta figure, la louve

Qu'il nomme réalité.

Mais à celui qui t'adore

Ta main, où tout flot se dore,

Verse, ô fille de Pandore,

Un vin d'immortalité !