XXXVIII

By Armand Silvestre

Written 1882-01-01 - 1882-01-01

Tes yeux ont des langueurs divines où s'émousse

Le désir immortel dont je suis consumé.

Oubliant l'âpre ardeur dont jadis je t'aimai,

Ma tendresse pour toi se fait sereine et douce.

Le flot est moins amer qui sur tes pas me pousse ;

C'est à tes pieds qu'il meurt impuissant et pâmé,

Et j'y voudrais coucher mon amour désarmé

Comme un vivant lapis dont Mai fleurit la mousse.

Mais, pour se moins trahir, il n'est que plus profond

Le mal délicieux que tes regards me font

Quand leur charme mourant me trouble et me pénètre.

Plus je me sens vaincu, mieux je me sens à toi,

Plus sur mon front dompté je sens peser la loi

Qui fit mon être obscur l'esclave de ton Être !