Yvonne astruc

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1918-01-01 - 1918-01-01

Une main traînant l'archet long,

L'autre en transe qui vibre et bouge,

Être, esprit, âme du bois rouge,

Martyre dans l'état second.

O figure de cathédrale,

Courte sur des pieds écartés,

Au bord des violons hantés

Fais flotter une tête pâle.

Tes yeux fermés de séraphin

Passionné de la musique

Font physique et métaphysique

Notre tourment à nous, sans fin,

Notre tourment devant l'orage

Bois verni, cordes et crins clairs

Qui, d'après la sublime page,

Se déchire au bout de tes nerfs.

Autour de toi sont les fantômes

De ceux dont tu te fais la voix

De par ces cordes et ce bois

Qui jettent nos fronts dans nos paumes.

Or, salut au magistral jeu

D'où montent cri de joie et plainte,

Salut au visage de sainte

Qui souffre et pâme pour son dieu.

Puis, la sainte fougueuse et triste

Ayant donné tout son tourment,

Que soit notre violoniste

Une femme, tout simplement.