CXX

By Anna Noailles

Written 1924-01-01 - 1924-01-01

L’orgueil est l’ennemi constant

De l’amour et de ses largesses ;

Fort comme la vie, il attend

Que l’on retourne à sa noblesse.

Il veille sur tout l’abandon,

Sur tout le divin esclavage ;

Il n’accorde pas son pardon

Au clair flamboiement des visages,

— Aux visages lavés de pleurs,

À ces larmes froides et rondes

Qui ne sont pas de la douleur,

Mais l’éblouissement du monde !

— Certes, il est dur de quitter

Cet orgueil prudent, fort et triste,

Qui, repoussant la volupté,

Fait croire à l’âme qu’elle existe ;

Mais à cause de cet effort

Par qui tout l’être se surmonte,

Par ce consentement de mort,

Il est beau d’accepter la honte.

— Je voudrais ne plus rien tenir

Que de ton affable puissance,

Ne respirer, ne me nourrir

Qu’au doux gré de ta complaisance.

Qu’il serait bon, ce dénuement,

Au cœur royal que l’on détrône,

Et qui vécut trop fièrement !

— Être sans pain, sans vêtement,

Et dans un tendre abaissement

En recevoir de toi l’aumône…